Les guerres que mènent les pays européens sont la première cause de l’afflux des réfugiés

Source : L'Humanité

[ndlr : Parce que nos dirigeants occidentaux nous ont menti et trahi, les peuples d'occident ne sont pas coupables des choix criminels de leurs dirigeants, cependant ils ont le pouvoir de les arrêter en se donnant pour mission de témoigner leur indignation.]

Les chiffres que vient de publier l’Union européenne sont sans appel : les 1,3 millions de réfugiés qui ont demandé l’asile en Europe l’année dernière, viennent en grande majorité de trois pays en guerre : la Syrie, l’Afghanistan et l’Irak. Des guerres dans lesquelles de nombreux pays européens sont engagés.

La députée européenne irlandaise du Sinn Féin, Martina Anderson ( GUE/GVN ) tenait à nous le rappeler il y a quelques jours:  « des états membres de l’Union européenne, dont la Grande Bretagne, sont des protagonistes dans beaucoup de conflits qui ont provoqué la crise des réfugiés «. Une manière de bien marquer que cet afflux de réfugiés qui se pressent aux portes de l’Europe, et dont le nombre a doublé en 2015, ne tombe pas du ciel, mais qu’ils est la conséquence directe des conflits dans lesquels de nombreux pays européens sont engagés, ou l’ont été pendant de nombreuses années. La crise des réfugiés est l’un des aspects de ces guerres. Beaucoup tentent de le faire oublier, d’autres vont jusqu’à le contester. Les chiffres du nombre de demandeurs d’asile pour l’année 2015 rendus publics par Eurostat, l’organisme officiel de statistiques de l’Union européenne, le confirment pourtant: ce sont bien des trois grands pays en guerre, Syrie, Afghanistan et Irak, que partent majoritairement ces réfugiés, prêts à prendre tous les risques pour échapper à l’enfer quotidien des combats, des bombardements, des attentats, de la misère et de la faim.

L’an dernier, presque 1,3 millions de réfugiés ont pour la première fois introduit une demande de protection internationale dans les états de l’Union européenne, c’est plus du double de l’année précédente. Jamais depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’Europe n’avait été confrontée à un tel afflux de réfugiés. Et sans surprise, ce sont les réfugiés syriens qui sont les plus nombreux. Leur nombre a lui aussi doublé en 2015. Ils sont actuellement presque 400 000 à demander asile en Europe. A eux seuls, ils constituent le tiers de tous les réfugiés. Rappelons que la guerre en Syrie dure depuis bientôt 5 ans, et qu’en même temps que les Etats-Unis et les pays du Golfe, de nombreux pays européens y participent directement, avec des objectifs qui ont varié selon les périodes, mais qui vont dans le sens d’un accroissement des engagements militaires, et de leurs conséquences dramatiques, notamment pour les civils. Parmi les principaux pays européens engagés dans le conflit syrien : la France, le Royaume-Uni, la Belgique, l’Allemagne, l’Espagne, les Pays-Bas, le Portugal, et dans une moindre mesure, l’Italie, l’Estonie, la Pologne et l’Albanie. La guerre en Syrie est donc bien une guerre européenne, et il est aujourd’hui illusoire de renforcer les interventions en Syrie sans penser que ces actions provoqueront automatiquement un nouvel afflux de réfugiés. Rappelons que déjà plus de 4 millions de Syriens ont quitté leur pays ( sur les 10 millions d’habitants qui ont été déplacés ), et que pour l’instant, ce sont très majoritairement les pays limitrophes de la Syrie qui les ont accueillis : 1,2 millions au Liban, 2 millions en Turquie, 650 000 en Jordanie, ainsi que 250 000 en Irak et 130 000 en Egypte.

La seconde nationalité à avoir demandé l’asile politique l’an dernier dans l’un des 28 pays de l’Union européenne, ce sont les Afghans. 178 200 demandes, un nombre qui a quadruplé l’an dernier. Y-a-t-il lieu de s’en étonner ? Rappelons, là aussi, que la guerre en Afghanistan dure depuis 36 ans ( deux générations ! ), et qu’en dehors des Etats-Unis, 19 pays européens y ont été engagés ( au premier rang desquels, le Royaume-Uni et la France ), et que cette guerre, malgré l’oubli dans laquelle elle est tenue par la plupart de nos médias, dure toujours. Elle aurait fait en 2015 encore plusieurs milliers de morts, sans perspective de paix à l’horizon, puisque les combats font toujours rage entre les troupes gouvernementales, toujours conseillées par des membres de l’OTAN, dont des Européens, les talibans et d’autres groupes islamistes.

Troisièmes demandeurs d’asile en Europe, les Irakiens, 121 500 personnes, leur nombre a été multiplié par sept en 2015. Après 13 ans d’une guerre lancée par les Etats-Unis qui a fait plus d’un million de victimes, la guerre en Irak, non seulement n’est pas terminée, mais elle vient de prendre un tournant encore plus aigu depuis que le groupe Etat islamique a lancé en 2014 une grande offensive dans l’Ouest de l’Irak, privant l’état irakien d’un tiers de son territoire. Là encore, nouvelle intervention des Etats-Unis et de certains pays européens, et pas de perspective de paix en vue.Ces trois nationalités constituent plus de la moitié des demandeurs d’asile en Europe, dans aucun de ces trois cas l’Union européenne ne peut faire semblant d’ignorer qu’elle est directement impliquée dans le déroulement de ces guerres. Avant de faire appel aux sentiments généraux de solidarité qu’on doit témoigner aux réfugiés, c’est à la responsabilité des pays européens dans des conflits qu’elle assume qu’il faut en appeler : les réfugiés qui se pressent à nos frontières, sont d’abord des victimes des guerres dans lesquelles l’Europe est impliquée.

 

Primo-demandeurs d’asile dans les États membres de l'UE par pays de nationalité, 2015 ( Source Eurostat )

La France égale à elle-même. Si le nombre de demandeurs d’asile en Europe a plus que doublé en une seule année, les différents pays sont loin de se répartir égalitairement leur prise en charge. Si les demandes ont bondi de 320% en Hongrie, de 230% en Autriche, de180% en Belgique ou de 170% en Espagne, elles restent quasiment identiques entre 2014 et 2015 en France ( + 20% ), dans un contexte encore une fois de très forte augmentation globale en Europe ( + 123% ), ce qui signifie que la part prise par la France en 2015 par rapport aux années précédentes, diminue fortement. 22 pays européens ( sur 28 ) sont classés devant elle.

Le plus grand nombre de demandeurs d’asile a été enregistré en Allemagne (avec 441 800 demandeurs, soit 35% de l'ensemble des demandeurs d'asile dans les États membres de l’UE), suivie de la Hongrie (174 400, soit 14%),de la Suède (156 100, soit 12%), de l'Autriche (85 500, soit 7%), de l'Italie (83 200, soit 7%). Avec 70600 réfugiés ( 5,6 % du total de l’U-E ), la France n’arrive qu’en 6ème position.Quant au Royaume Uni, qui ne cesse de faire de la question des migrants un casus belli de son appartenance à l’Union,  il n’accueille guère plus de 3% des demandeurs d’asile en Europe, un chiffre pratiquement identique à celui de 2014.

Par rapport à l’ensemble de la population du pays, la France n’arrive qu’en 16ème position pour le nombre de réfugiés: 1063 réfugiés par million d’habitants ( un peu plus d’un réfugié pour 1 000 habitants en France ), alors que la Hongrie en compte près de 18 000 ( 17 fois plus ), la Suède 16 000, l’Autriche près de 10 000, et l’Allemagne, plus de 5 400. Remarquons que les réfugiés de Calais viennent majoritairement des mêmes pays que ceux qui se pressent aux frontières de l’Europe, et pour les mêmes raisons, la guerre. La situation de Calais, avec sa concentration – toute relative – de quelques milliers de migrants, tient uniquement au fait qu’un pays européen qui ne fait pas partie de l’espace Schengen ( le Royaume-Uni ) exige, et a obtenu, d’un pays qui en fait partie ( la France ), qu’il assure lui-même le contrôle des frontières britanniques pour le seul bénéfice de la couronne, ce qui n’est absolument pas son rôle.

Les rodomontades du gouvernement français entendues ces jours derniers, promettant, si le Royaume Uni quitte l’Union, de laisser filer les migrants, souffrent donc pour le moins d’un gros retard à l’allumage ( sans compter que pour l’instant, ce n’est qu’une menace hypothétique, donc en l’air ).  Tout gouvernement français un tant soit peu digne, aurait dû en effet rappeler depuis longtemps au gouvernement britannique qu’on n’est plus à l’époque où les bourgeois de Calais déposaient la clé de la ville aux pieds du roi d’Angleterre, et qu’il revient aux Britanniques, comme à tous les pays européens, de prendre en charge le problème des réfugiés qu’ils ont, eux-mêmes, par leur engagement militaire dans les pays d’où proviennent ces réfugiés, largement contribué à créer.